La réforme de la FPC selon LV

"La réforme de la Formation Professionnelle replace l’apprenant au cœur du système de la formation professionnelle". .. Contactée par le Kotidien pour commenter et analyser les changements qu’augure la réforme de la formation professionnelle continue, c’est avec son enthousiasme que Laurence Fégar, directrice de LV Consultants, s’est prêtée à son jeu de questions/réponses sur la réforme de la FPC. Parce que le futur de la formation professionnelle en Guyane s’écrit maintenant, elle revient sur sa stratégie d’adaptation au nouveau cadre réglementaire.

Le Kotidien

1/ Votre point de vue général sur la réforme

LV : C’est une réforme qui replace l’apprenant au cœur du système de la formation professionnelle : il s’agit de donner la possibilité à chaque citoyen de construire son parcours formatif tout au long de sa carrière d’actif pour mieux gérer son employabilité, mais aussi de lui offrir des conditions d’apprentissage homogènes en encadrant davantage les pratiques des centres de formation. En cela, elle va dans le bon sens. Certes, l’application de cette réforme constitue un véritable défi pour les organismes de formation, mais l’exigence de qualité qui l’anime ne peut être que bénéfique à tous. En Guyane, peut-être encore plus qu’ailleurs, les prestations de formation peuvent être très inégales, et les outils de mesure de la satisfaction, trop souvent absents. Insister sur l’évaluation de la prestation et la transparence me semble pourtant naturel. C’est d’ailleurs sur ces engagements que LV Consultants a construit sa notoriété.

2/ Quelles sont les mesures phares qui retiennent votre attention ? Et les manques ?

Sans doute possible, la mise en place du Compte Personnel de Formation, en remplacement du Droit Individuel à la Formation. Le CPF entend donner les moyens à chacun d’évoluer professionnellement et de sécuriser son parcours professionnel. Jusqu’ici, les heures acquises au titre du DIF n’étaient pas forcément conservées par le salarié s’il changeait de situation professionnelle. Avec le CPF, l’actif pourra utiliser sa ‘’réserve d’heures de formation’’ à tout moment de sa vie professionnelle, sans l’accord de son employeur ou de Pôle Emploi– ce qui n’était pas possible avec le DIF. C’est une grande avancée. On peut juste craindre qu’on ne restreigne trop son champ d’application, en excluant du champ des formations éligibles au CPF certaines formations sur les compétences fondamentales dont les stagiaires et les entreprises sont demandeurs. Il serait dommage que des formations dont tout le monde a grand besoin, comme celles concernant la gestion du temps, le management transversal, ou la pratique des langues, ne soient plus aussi accessibles qu’aujourd’hui au nom de l’exigence de résultat inscrite dans la réforme.

Pour avoir souvent discuté avec les responsables RH du casse-tête que constituent les plans de formation, j’ai également été particulièrement sensible à la disparition de la contribution de « 0,9 % » dédiée au financement du plan de formation pour les entreprises de plus de 10 salariés. Pour eux, cela signifie moins d’obligations administratives, et, sans doute, plus de créativité dans la mise en place des dispositifs de formation. Et comme nous aimons la créativité, je suis sûre que ce sera l’occasion de travailler encore mieux ensemble… Dans l’esprit, plus globalement, les entreprises seront amenées à considérer la formation comme un investissement sur l’avenir plutôt que comme une dépense obligatoire. Les liens entre plan de formation et GPEC seront renforcés. De nouveaux indicateurs devront être suivis , des entretiens professionnels devront être mis en place avec chaque salarié, quelle que soit la taille de l’entreprise… Bref, au-delà du côté comptable, tout sera fait pour renforcer l’accompagnement managérial dans le dispositif de formation. Ce qui peut être une bonne chose en termes d’efficacité.

3/ Comment voyez-vous la mise en place de cette réforme au 1er janvier 2015 ?

La mise en œuvre de la réforme de la formation professionnelle, parce qu’elle interroge en profondeur les pratiques et la gestion de la formation, sera évidemment complexe pour tous. Si on ne prend que la question du passage du DIF au CPF, les incidences sont énormes. Bien évidemment, d’un point de vue juridique, les heures acquises au titre du DIF sont conservées lors du passage au CPF. Mais en pratique, la question du transfert des heures acquises au titre du Dif sera complexe à gérer pour les entreprises. Car les heures acquises au titre du Dif jusqu’au 31 décembre 2014 seront mobilisables en CPF jusqu’en 2021 au plus tard. Il y aura donc les salariés qui auront acquis au titre du Dif 120 heures, puis un compteur CPF activé dès janvier 2015 avec un plafond total de 150 heures. Pas simple ! Même pour l’Etat, le chantier sera lourd à relever. Nouvel acteur dans le monde de la formation, la Caisse des Dépôts et Consignations aura en charge la tenue du CPF et des crédits d’heure. Voilà donc un nouveau service dématérialisé gratuit qui devra être mis en place rapidement, au prix sans doute de moyens conséquents… Concernant les impacts directs sur les missions des organismes de formation, là encore, de nombreuses questions restent en suspens. Ce qui est sûr, c’est que les formations éligibles au titre du CPF ne seront plus les mêmes que pour le DIF. Mais quelles seront ces formations ? Personne ne le sait aujourd’hui avec exactitude, même si on sait que les cursus longs, qualifiants, les certifications inscrites au Répertoire National des Certifications Professionnelles auront plus de chance d’y être inscrites que les stages de développement professionnel ou d’apprentissage des langues. En fait, la liste des formations éligibles sera publiée par les organismes paritaires (OPCA) chargés de collecter les fonds de la formation professionnelle ou par le comité paritaire régional pour la formation professionnelle et l’emploi… Autant dire que nous l’attendons avec impatience !

4/ Quelle est votre stratégie vis-à-vis de la mise en place de la réforme ?

Depuis près d’un an, nous cherchons à anticiper les effets de la réforme sur notre cœur d’activité. En tant que directrice du centre, je me suis formée auprès de l’organisme de référence Centre Inffo pour être en mesure de prendre les justes mesures de cette réforme et pour informer et de former mes clients RH à leurs nouvelles missions. Concrètement, au vu de l’importance prise par les exigences de certification dans l’esprit de la réforme, nous nous sommes lancés dans une démarche de certification ISO 9001 pour formaliser et consolider les pratiques de Qualité, d’évaluation et de mesure de la satisfaction qui sont les nôtres depuis toujours. Il s’agit pour nous d’offrir les conditions organisationnelles indispensables au développement d’une offre qualifiante et certifiante conformes aux attentes de nos partenaires. Un gros travail, donc, mais enthousiasmant et nécessaire - parce que nous sommes convaincus que la formalisation des engagements vis-à-vis des clients et commanditaires sera indispensable au développement de notre activité.

Dans la même optique, nous poursuivons notre politique d’habilitation et de partenariats dans le cadre de programmes de formation avalisés par les pouvoirs publics : notre centre est fier d’avoir été habilité par la DIECCTE à dispenser des formations aux membres de CE et CSCHT. Nous sommes aujourd’hui centre opérateur de bilan de compétences agréé par le FAFSEA et le FONGECIF. Et nous continuons à travailler au quotidien de manière fructueuse avec Opcalia Guyane en tant qu’unique centre de formation habilité à exploiter le programme de développement des savoirs de base 1001 Lettres. D’autres rapprochements sont en cours, sur lesquels nous communiquerons dans les prochains mois.

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